Jacques Lethuillier, rapporteur de l’étude du CESER Normandie sur l’accès à la santé des Normands en 2050
Rapporteur de l’étude du CESER Normandie sur l’accès à la santé des Normands en 2050, Jacques Lethuillier porte un regard à la fois prospectif et profondément ancré dans son engagement mutualiste. Ancien président de la Mutualité Française Normandie, il revient sur le sens de cette mission, sur les grands enseignements du rapport et sur les choix à engager dès aujourd’hui pour préparer l’avenir.
Que représente pour vous le fait d’avoir été rapporteur de cette étude du CESER Normandie sur l’accès à la santé des Normands en 2050 ?
Peu de temps après mon arrivée au CESER, le président de la Région Normandie a saisi l’assemblée d’une réflexion prospective sur la santé des Normands à l’horizon 2050. Ce sujet faisait déjà écho à un engagement ancien de ma part. Au fil des années, j’ai en effet eu l’occasion de m’investir sur ces questions dans différents cadres, à la Mutualité, bien sûr, mais aussi au sein de l’Assurance maladie, du Conseil territorial de santé de l’Eure ou encore en lien avec l’ARS.
En rejoignant la commission Veille et prospective, j’ai souhaité mettre cette expérience au service d’un travail collectif. Puis, au fil des échanges et de l’avancée de l’étude, mon implication s’est renforcée. Être désigné rapporteur a donc eu, pour moi, une signification particulière : celle d’un prolongement naturel, et même d’une forme d’aboutissement, de plusieurs années d’engagement en faveur de l’amélioration de la santé des Normands.
Quel est, selon vous, le principal message que cette étude adresse aujourd’hui aux acteurs publics et à la société normande ?
Le premier enseignement, c’est qu’on ne peut pas réduire la santé aux seules difficultés actuelles d’accès aux soins. La santé doit être appréhendée dans une acception beaucoup plus large, comme un état de bien-être physique, mental et social. C’est tout le sens de la définition portée par l’OMS, à laquelle nous nous référons.
Cela invite à regarder de près les déterminants de santé. Or ceux-ci relèvent, pour une large part, de facteurs socio-économiques et environnementaux, bien davantage que des seuls comportements individuels ou du système de soins. C’est un point essentiel, car cela signifie que de nombreux leviers d’action existent à l’échelle locale, départementale et régionale.
Le rapport montre bien, à travers les sept variables étudiées, que les tendances actuelles appellent des évolutions dès maintenant. Autrement dit, la santé n’est pas uniquement l’affaire des professionnels de santé : elle concerne l’ensemble de la société. La santé de chacun est, au fond, de la responsabilité de tous.
Quels choix devons-nous faire dès aujourd’hui pour construire, en Normandie, un avenir plus solidaire et plus favorable à la santé ?
Il serait artificiel de hiérarchiser trop strictement les variables mises en lumière par l’étude, tant elles sont interdépendantes. Toutes ont leur importance et toutes appellent des évolutions. Mais si l’on veut agir utilement, il faut sans doute commencer par réduire les risques les plus structurants : promouvoir une alimentation saine, limiter les risques environnementaux, améliorer le cadre de vie, renforcer la prévention.
Le vieillissement démographique constitue aussi un enjeu majeur. L’augmentation du nombre de personnes très âgées à l’horizon 2050 nous oblige à anticiper dès aujourd’hui. Cela suppose d’adapter les logements, de recruter et former les professionnels sanitaires et médico-sociaux, de concevoir des services au plus près des besoins, et de mieux prendre en compte la santé mentale, notamment en luttant contre l’isolement.
Dans cette réflexion, le regard mutualiste a toute sa place. Parce qu’il défend une approche globale de la santé, parce qu’il vise à donner à chacun les moyens d’être acteur de sa santé, parce qu’il est attentif à la parole des usagers, à la proximité des réponses et à la réduction des inégalités territoriales, sociales et financières. Ce sont là des principes d’action, mais aussi une certaine idée de la solidarité.
Jacques Lethuillier présente le rapport sur la santé des Normands en 2050, au CESER Normandie, le 11 décembre 2025.