Organisés en Normandie dans le cadre des États généraux de la santé et de la protection sociale, les ateliers territoriaux ont réuni des participants venus d’horizons variés : acteurs de santé, du médico-social, du social, représentants associatifs, élus, institutions, mutuelles et partenaires de terrain.
L’objectif était clair : faire remonter les réalités vécues dans les territoires, identifier les freins rencontrés par les habitants et les professionnels, mais aussi formuler des pistes d’action pour construire des réponses plus adaptées. Deux sujets ont structuré les échanges : l’accès aux soins à tous les âges de la vie et la prévention.
De ces ateliers ressort un enseignement majeur : les territoires normands disposent de nombreuses ressources, mais celles-ci restent parfois trop dispersées, insuffisamment lisibles ou inégalement accessibles. Les participants ont souligné l’existence de réseaux professionnels engagés, de maisons et pôles de santé, d’associations actives, de dispositifs institutionnels, d’initiatives de prévention, de plateformes de mobilité ou encore d’expérimentations autour du “aller vers” et de la télémédecine.
Mais ces atouts ne suffisent pas toujours à répondre aux tensions actuelles. La pénurie de professionnels de santé, les difficultés de mobilité, la fracture numérique, les délais d’attente, la saturation des urgences ou encore le manque de coordination entre acteurs sanitaires, sociaux, médico-sociaux et éducatifs demeurent des préoccupations fortes. Les publics fragiles (personnes âgées isolées, jeunes en souffrance, familles précaires, personnes en situation de handicap, habitants des territoires ruraux…) sont souvent les premiers concernés.
Rendre l’accès aux soins plus lisible, plus proche et plus équitable
Face à ces constats, les participants ont d’abord insisté sur la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers de la santé, du soin et de l’accompagnement. Amélioration des conditions de travail, meilleure reconnaissance des métiers, développement de la formation initiale et continue, accueil des stagiaires, tutorat, passerelles professionnelles : autant de leviers identifiés pour attirer et fidéliser les professionnels dans les territoires.
La question de l’installation des professionnels de santé a également été largement abordée. Plusieurs propositions visent à mieux anticiper les départs en retraite, accompagner les jeunes soignants, faciliter l’installation dans les zones les plus fragiles et mieux valoriser les métiers paramédicaux et médico-sociaux. L’objectif n’est pas seulement de former davantage, mais aussi de créer les conditions d’un exercice professionnel plus durable et plus attractif.
Les ateliers ont aussi fait émerger une attente forte autour de la coordination. Les participants appellent à une meilleure articulation entre la ville, l’hôpital, le médico-social, les collectivités, les associations, les écoles, les mutuelles et les acteurs de proximité. Des guichets d’orientation plus lisibles, des observatoires territoriaux des besoins, des parcours mieux coordonnés et une information plus claire permettraient de simplifier l’accès aux dispositifs existants.
Enfin, la proximité apparaît comme une priorité. Consultations délocalisées, équipes mobiles, visites à domicile, bus de dépistage, mammobiles, points numériques en mairie, accueils-relais ou actions au sein des lieux de vie : les solutions de type “aller vers” sont perçues comme indispensables pour rejoindre les personnes les plus éloignées du système de santé.
Faire de la prévention un investissement de long terme
Autre enseignement fort : la prévention reste encore trop souvent considérée comme secondaire, alors qu’elle devrait constituer un pilier de notre système de santé. Les participants ont pointé un manque de moyens, une absence de stratégie globale, des actions parfois ponctuelles et des difficultés à toucher les publics les plus éloignés.
Les propositions formulées convergent vers une même ambition : installer une véritable culture de prévention tout au long de la vie. Cela passe par une éducation à la santé dès le plus jeune âge, des actions renforcées en milieu scolaire, une meilleure information des familles, le développement des dépistages, des bilans de santé réguliers, de l’activité physique adaptée et de l’éducation thérapeutique du patient.
La santé mentale, les addictions, l’alimentation, l’environnement, les risques professionnels, le lien social et l’accompagnement des aidants ont également été identifiés comme des priorités. Plusieurs participants ont notamment souligné l’importance de former plus largement aux premiers secours en santé mentale, de soutenir les centres sociaux, de lutter contre l’isolement et de développer des messages de prévention adaptés aux jeunes, notamment via les outils numériques et les réseaux sociaux.
Au fond, ces ateliers rappellent que l’accès aux soins et la prévention ne peuvent pas être pensés séparément. Les mêmes freins reviennent : manque de lisibilité, inégalités territoriales, fragilité des publics, insuffisance des moyens et besoin de coordination. Les mêmes leviers émergent aussi : agir plus tôt, aller vers les habitants, décloisonner les acteurs, renforcer les professionnels et inscrire les politiques de santé dans le temps long.
Pour la Mutualité Française Normandie et ses partenaires, ces contributions constituent une matière précieuse. Elles confirment l’importance d’une action collective, ancrée dans les territoires, capable de répondre aux besoins immédiats tout en préparant l’avenir. Plus qu’un simple diagnostic, ces ateliers dessinent une orientation claire : construire une santé plus accessible, plus préventive et plus équitable pour toutes et tous en Normandie.